Médecine, droit et peur. La constatation de décès et les risques des inhumations précipitées dans le Traité de médecine légale de François-Emmanuel Fodéré

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Médecine, droit et peur. La constatation de décès et les risques des inhumations précipitées dans le "Traité de médecine légale" de François-Emmanuel Fodéré

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  Fodéré à la genèse de la médecine légale moderne : doctrines, pratiques, savoirs et réseaux d’experts,  des Lumières au début du XXe siècle   Colloque international 26-28 novembre 2015, Genève, Uni-Bastions (B111) co-organisé par : l’Unité d’Histoire moderne, département d’histoire générale, UNIGE (Equipe DAMOCLES), le CRIHAM (Universités de Poitiers et Limoges), le département TeSIS (Université de Vérone) et le laboratoire ERMES (Université de Nice - Sophia Antipolis  –   9 e  colloque du PRIDAES) Cristina Ciancio, Università del Sannio, Benevento (Italie) Médicine, droit et peur. La constatation de décès et les risques des inhumations précipitées dans le Traité de médecine légale de François-Emmanuel Fodéré Introduction « Être enseveli vivant, c’est à coup sûr la plus terrible des extrémités qu’ait  jamais pu encourir une créature mortelle. Que cette extrémité soit arrivée souvent, très souvent, c’est ce que ne saurait guère nier tout homme qui réfléchit. Les limites qui séparent la vie de la mort sont tout au moins indécises et vagues. Qui pourra dire où l’une commence et où l’autre finit ? » Les mots que je viens de lire sont tirés de The Premature Burial de Edgar Allan Poe, un récit publié le 31 juillet 1844. Après un demi-siècle, e n 1919 Sigmund Freud publiait l’essai  Das Unheimliche  dans lequel il développait une idée déjà façonnée en Totem et Tabous . Il s’agit d’une expression très complexe, e avec cette essai Freud aborde le problème de la peur d’être enterré vivant . Presque un siècle avant, en 1846, Friederich Schelling avait expliqué que le terme “unheimliche” évoquait une chose qui ne reste plus caché et apparaît à la surface. En 1933 paru la première traduction française, donnée par la   psychanalyste très proche de Freud, la princesse Marie Bonaparte, sous le titre de « L’inquiétante étrangeté  ». Des autres traducteurs révisaient ce titre en « l’inquiétante familiarité   » (Roger Dadoun), « l’étrange familier » (François Roustang) ou les « démons familiers » (François Stirn). Selon Freud la terreur de l’inhumation hâtive se rattachait à une dimension interdite entre la vie et la mort. La panique reportait à la mémoire les  phases prénatales que chacun avait vécu dans l’utérus maternel. Le terrifiant de la condition d ’enterré vivant rendait très labiles les confins entre la vie et la mort, lorsque les deux mondes devaient rester séparés. Le mot introduit par Schelling exprimait une violation de ce que devait rester caché et secret. Son dévoilement générait panique. En 1891, Enrico Morselli, un psychiatre et anthropologue italien, donnait la première définition scientifique de cette fo rme de panique l’appelant « tafofobia », et la classant parmi les pathologies psychologiques, à partir des analyses scientifiques de cas de vie, sans tenir compte des nombreuses références littéraires qui entremêlaient son époque (Allan Poe, Zola, Flaubert). Son « tafofobico » est une personne malheureuse, tourmentée de l’anxiété d’être inhumé avant le temps. S ’agi ssait-il vraiment seulement de suggestions littéraires ou de peurs ancestrales ? S ’agissait -il vraiment de  projections injustifiées d’un esprit malade ? Dans ma communication je chercherais de vous donner une synthèse de certains aspects des relations entre la science médicale et la dimension normative et la contribution de Fodéré dans la première partie d’ une querelle concernant les signes de la mort et les risques de sépulture  précipitée qui commence à partir de la moitié du XVIII atteint la fin du XIX siècle, touchant le XX . Au début du XIX siècle, François-Emmanuel Fodéré fut un des plus éminents interprètes de la combinaison de la dimension scientifique et juridique de ces problèmes psychiques et sociales. Il insèrerait la discussion des solutions différentes avancées à l’ époque sur ce sujet dans son traité scientifique qui va organiser de manière systématique toute la médicine légale et d’hygiène publique.    La querelle sur l’incertitude des signes de la mort et les risques des inhumations hâtives Une longue querelle sur l’incertitude des signes de la mort et les risques des inhumations précipitées branle savants et opinion publique durant plus d’un siècle a  près la publication dans le 1740 d’un ouvrage du médecin danois Jacques Benigne Winslow, traduit en française et enrichi avec des  Additions  par Jean Bruhier dans le 1742, et en cette version circulé en Europe avec le titre  Dissertation sur l’incertitude des signes de la mort et l’abus des enterremens & embaumemens précipités   Winslow même avait vécu sur sa peau cette expérience terrifiante pour deux fois. Winslow, Bruhier et tous les autres protagonistes de cette querelle utilisaient une très riche récolte de cas que donnait un témoignage assez large de situations contribuant aussi à la diffusion de la panique. La conf  usion augmentait à travers les fantaisies d’expérimentations de savants improvisés. Au fond, il y avait le problème très sérieux d’une incertitude reconnue par les sciences médicales à discerner les signes sûrs et sans équivoques de la mort. La terreur d’ê tre enterrés vivants se traduisait dans le langage des autorités dans le cas d’espèce délictueux des inhumations précipitées. Une raison non négligeable de la peur dépendait de la crainte de prélever un corps en état léthargique pour des dissections et autopsies. Antoine Louis en 1752 publiait la plus importante des œuvres qui contestaient les thèses de Winslow et Bruhier sur la mort apparente: selon lui la science médicale avait tous les instruments nécessaires pour identifier avec certitude un décès. Les témoignages donnés très souvent n’étaient pas dignes de foi. Il s’agissait d’inexpérience ou de négligences des médecins. Louis repoussait aussi l’attitude prudente de Winslow et Bruhier d’attendre les signes de la putréfaction des cadavres. Cette attente était selon lui très dangereuse pour la santé des survivants. Pierre Chaunu définissait « paroxysmique » le niveau atteint par cette hantise à la fin du XVIII siècle. Même pour Michel V ovelle l’apparition du fantôme de l’enterré vivant dans le siècle des Lumières  semble très  paradoxale . En tout cas, à l’époque dans le miroir du corps mort et du cadavre se reflétait un sentiment public mixte où s’affrontent la version  éclairée et scientiste du siècle et la perception des prémisses, à ses débuts, du romantisme gothique, intimiste et émotif qui n’est au fond qu’un revers qui revient toujours. Ce chiffre inquiétant ne s’arrête pas après les premières décennies du XIX siècle, comme Anne Carol nous a bien expliqué. Elle perdure et accompagne les avancements de la science médicale. La pitié populaire y se mélange, et elle pousse pourtant à considérer le monde suspendu entre vivants et trépassés dans toute sa dimension médicale, juridique, sociale. Vers les années 1870, Gabriel Tourdes - sur les pages du    Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales  - faisait un rappel de l’évolution des polémiques sur la mort apparente la situant en deux pics chronologiques au cours du XVIII siècle: le premier pic après la sortie en 1742 des œuvres de Winslow et de Bruhier, le second autour de l’institution en 1791 de la première  Leichenhaus  en Allemagne de la part du médecin Hufeland. Philippe Ariès a accepté cette démarche à deux pics. Le premier se situe à la publication de la Dissertatio, mais la seconde phase est décalée en 1789 lorsque le débat sur le transfert des cimetières hors des centres urbains s’intensifie et, en particulier, sous l’influence de l’écho du rapport Thouret sur la découverte des corps inhumés vifs dans le cimetière des Innocents. L’Allemagne En Allemagne, comme nous souvient Claudio Milanesi, la «lutte contre les inhumations prématurées devint l’emblème des intellectuels de l’  Aufklärung  contre le luxe et les usages traditionnels non raisonnables». La plaine adhésion aux théories de la nécessité d’attendre une putréfaction avancée se heurtait aux tentatives mises en marche d’orienter les pratiques d’inhumation à des critères plus modernes   d’hygiène et de salut aussi bien appréciés par les adhérents au mouvement de l’  Aufklärung . Devant ces indications contradictoires la solution fut de réaliser les projets du médecin légal Christoph Wilhelm Hufeland qui en 1790 avait fait bâtir la première  Leichenhaus  à Weimar. Les autorités allemandes lancèrent la construction de « maisons de morts » dans plusieurs villes.  Claudio Milanesi considère les “maisons de morts”  allemandes un «vrai monument du scepticisme envers les capacités diagnostiques de la médicine » officielle. Il s’agissait   de locaux situés à l’intérieur   ou près des cimetières, mais hors des villes, pour y déposer les corps après les obsèques et avant l’ensevelissement. Sur le fronton était gravée la devise  : vitae dubiae asylum . Les pièces étaient réchauffées et les corps placés sur des lits dont un système de petites sonnettes liées avec des ficelles aux doits des mains et des pieds devaient servir pour signaler les plus petits mouvements pour avertir des gardiens. La France des Codes Le Code Civil de 1804, vrai monument de l’esprit législatif   et constitutionnel du XIX siècle, est un tournant important car il assigne à la  principale source du droit la tutelle contre les risques des’ inhumations  précipitées et ainsi introduit des normes plus  précises en matière. A’ l’article 77 le Code fixe des procédures à suivre avant l’inhumation. L’officier de l’état civil était chargé d’autoriser la sépulture seulement après une vérification directe et personnelle auprès du décédé et après les 24 heures du décès. Le Code pénal de 1810 renforçait  –   le premier en Europe  –   la tutelle susdite. Le dernier alinéa de l’art. 358 punissait la violation des mesures en matière d’inhumations précipitées.  Après le premier alinéa que punissait l’inhumation sans autoris ation, le code récitait : « La même peine aura lieu contre ceux qui auront contrevenu, de quelque manière que ce soit, à la loi et aux règlements relatifs aux inhumations  précipitées » Cependant, cet esprit de la loi attirait plusieurs critiques. Tout partait de la constatation que la loi punissait un vice de forme ou la faute d’autorisation. Les opposants, au contraire, soutenaient que la  tutelle devait être ramenée à la responsabilité des fonctionnaires, à la déontologie médicale et à la conscience individuelle. Au fond, ces critiques descendaient des principes de droit de nature que le système mis en place dépassait à travers une intervention étatique visant à réduire toute la question à des problèmes d’ordre public. L’enjeu était, encore une fois,
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