Les espaces du mérite : aux confins du tourisme et de l’engagement citoyen

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   1 Bourdeau Ph., Bensahel-Perrin L. et François H. (eds.), 2012  , Fin (?) et confins du tourisme.  Interroger le statut et les pratiques de la récréation contemporaine , Paris : L'Harmattan, Coll. Les idées et les théories à l'épreuve des faits, 204 p. David GOEURY, david.goeury@gmail.com  Titre : LES ESPACES DU MERITE : AUX CONFINS DU TOURISME ET DE L’ENGAGEMENT CITO YEN ?   Introduction Depuis les années 1970, des pratiques touristiques spécifiques se sont développées dans des vallées enclavées de haute montagne de pays en voie de développement. Des Occidentaux cherchent à atteindre et à séjourner dans des régions non reliées aux infrastructures modernes que sont la route goudronnée, le réseau électrique ou téléphonique. Sur les traces des glorieux explorateurs coloniaux du XIX  e  siècle, ils  veulent partir à la découverte de populations aux traditions non altérées par l’industrialisation et la société de consommation. Ces vallées enclavées jouent alors le rôle « d’hétérotopies  » (Foucault, 2001), soit d’espaces miroirs de la société de consommation où peuvent se mettre en scène des touristes « néo-aventuriers » (Le Breton, 1991). Si certains subliment la précarité matérielle de sociétés coupées des systèmes scolaires et sanitaires pour les ériger en paradis agraires, d’autres décident de s’investir dans des projets humanitaires pour préserver les populations des effets du mal développement (Goeury, 2011). Ces pratiques veulent rompre avec l es pratiques touristiques dominantes en magnifiant l’idée d’effort physique (la marche à pied) et intellectuel (la rencontre avec un autre si différent). Surtout, elles s’inscrivent en faux avec l’idée que «  la vacance des grandes valeurs crée la valeur des grandes vacances » (Morin, 1962). E lles imposent l’idée de voyager utile et d’accomplir , sur son temps de loisir, son destin de citoyen du monde responsable. La fréquentation des hautes vallées enclavées permet dès lors d’échapper  à une condition de tour iste méprisée pour s’arroger une dignité d e voyageur et d ’humani ste (Equipe MIT, 2002). Doit-on pour autant considérer ce souci de distinction des pratiques touristiques les plus fréquentes comme du post-tourisme ? Cette attitude ne serait-elle pas une nouvelle forme, parmi d’autre s, de « recréation » pour une catégorie sociale spécifique ? En d’autres termes, tout cela ne serait - il pas qu’un moment de lieu au sein du processus de mise en tourisme des vallées enclavées de haute montagne (Equipe MIT, 2005) ? Nous nous appuierons ici sur le cas de la commune de Zaouïat Ahansal dans le Haut-Atlas central marocain et du subdistrict   du Zanskar au Ladakh dans l’Himalaya indien.  I Le tourisme des confins : les pratiques d’une élite intellectuelle  Zaouïat Ahansal et le Zanskar dépendent de deux Etats, le Maroc et l’Inde, participant de deux parties du Monde très différentes, le Nord de l’Afrique et le Sud de l’Asie. Pourtant, aux yeux de nombre d’ Occidentaux, ces deux vallées de montagne sont dans une même configuration spatiale. Elles attirent ainsi une même catégorie de touristes. Ce sont des confins administratifs, reliés par une longue piste à la  ville la plus proche. Depuis Zaouïat Ahansal, il faut plus de deux heures pour atteindre la première ville, le chef lieu de la province, Azilal. Depuis le Zanskar, il faut plus de dix heures pour relier le chef lieu du district, Kargil. Malgré leur enclavement, ces deux communes disposent de nombreuses structures d’ hébergement touristique : une maison d’hôte et de huit gîtes non classés pour la première, une dizaine hôtels et  guesthouses    auxquels s’ajoute un réseau de logements chez l’habitant  pour la seconde. Elles ont attiré en moyenne 2000 touristes par an entre 2005 et 2009.   2 Les touristes fréquentant ces deux vallées ont un même profil sociologique. Pour moitié, ils sont cadres ou professions intellectuelles supérieures ; un cinquième a un statut de professions intermédiaires, tandis qu’un autre cinquième est formé d’étudiants . Parmi les touristes en activité, les professionnels de l’éducation, de la santé et du sport représentent plus de 40% de l’effectif à Zaouïat Ahansal et 50% au Zanskar. Enfin, ces vallées restent des destinations du tourisme international. Les Marocains ne représentent que 6% des visiteurs à Zaouïat Ahansal et les Indiens 1% des touristes venus au Zanskar. Ces touristes viennent massivement pour pratiquer des sports de nature (essentiellement de la randonnée, un peu d’alpinisme, de l’escalade à Zaouïat Ahansal, ponctuellement du rafting sur la riv  ière Zanskar) ou apprécier paysages et architectures locales en circulant en véhicules tout-terrain. A ces activités classiques pour des espaces de montagne, s’ajoute la présence de nombreuses ONG toutes fondées par des touristes. II Des pratiques touristiques de distinction par l’ascèse   L’enclavement assure l’ attractivité touristique internationale de Zaouïat Ahansal et du Zanskar. Les touristes désireux de séjourner dans ces deux vallées souhaitent utiliser leur temps de vacances comme un moment de distinction sociale (Bourdieau, 1919) . N’étant pas parmi les plus fortunés (les chefs d’entreprises, les cadres supérieurs de grandes multinationales, les financiers sont peu représentés), mais étant parmi les plus instruites (30 à 40% des touristes en activité sont professeurs ou médecins), ils recherchent des espaces difficiles d’accès exigeant un effort physique et intellectuel. En effet, l’enclavement empêche l’individu qui ne dispose ni de temps, ni des compétences spatiales (maîtrise d’une langue étrangère, capacité à lire une carte seul, savoir voyager en pays étranger en autonomie) de se rendre dans ces hautes vallées. Leur séjour devient donc une aventure où ils peuvent faire montre de leur savoir-faire et de leur savoir-être. Ces individus désirent se distinguer des autres touristes qu’ils classent avec mépris dans le tourisme de masse. Pour eux, cette catégorie regroupe les pratiques touristiques occidentales majoritaires (tourisme familial, tourisme balnéaire…) considérées comme du non -voyage, les pratiques touristiques de voyages organisés dans un pays lointain (le tour des cités impériales au Maroc, le tour du Rajasthan en Inde) présentées comme grégaires et coupées du « vrai pays ». Enfin, ils vilipendent les pratiques des touristes nationaux qui ont une approche hédoniste de la montagne. Pour ces derniers, au Maroc comme en Inde, le piémont est un lieu de villégiature pour fuir les fortes chaleurs estivales et s’ils pénètrent plus en profondeur dans la montagne cela reste dans le cadre d’ excursions en 4x4 sans pour autant y séjourner. Les vallées enclavées deviennent l’antinomie des espaces touristiques classiques, aménagés pour le confort des visiteurs et intégrés à une chaîne de services à la mobilité. Ainsi, Zaouïat Ahansal et le Zanskar sont des destinations qui se méritent. Y accéder, péniblement, à pied, en VTT, en moto ou en 4x4, est un but en soi pour se confronter à la contrainte du relief. La longueur du séjour au plus faible coût est considérée pour certains comme un exploit individuel perm ettant d’intégrer l’élite des voyageurs de type «  routard ».  Ainsi, ils sélectionnent les moyens de transport et les conditions d’hébergement au plus faible prix, privilégiant les transports collectifs et l’hébergement chez l’habitant. Ces touristes valorisent le voyage comme une ascèse qui serait en rupture avec le surplus consumériste de leur société d’srcine, dont le tourisme de masse ne serait que la perpétuation. L’effort physique est doublé d’un effort social  par la confrontation-rencontre avec une culture autre. Les touristes qui se rendent dans les vallées enclavées veulent  vivre l’altérité en partageant les mêmes sentiers, les mêmes repas et les mêmes maisons que les populations locales. Cette communion avec une société autre leur permet de mesurer la distance qu’il s ont parcourue vis-à-vis de leur société d’srcine . Ils ont alors le sentiment de vivre la mondialité, soit le fait que coexistent des situations matérielles extrêmement différentes dans un même Monde, bouclé en quelques heures d’avion.   Ce projet s’exprime dans le désir et la mise en scène de la rencontre souvent qual ifiée de « vraie rencontre ». Même si très peu d ’Occident aux maîtrisent les langues locales, les efforts mutuels entre touristes et habitants pour se comprendre créent un espace de convivialité. Parfois, ils établissent des liens privilégiés à partir desquels naissent des projets communs. Ils peuvent prendre la forme de la construction d’un hébergement touristique : l a bonhommie et l’hospitalité du villageois est alors valorisée en une activité professionnelle réglementée. Ainsi quatre des hôtels-gîtes du Zanskar ont été créés suite à l’impulsion de touristes qui ont fi nancé le premier investissement. Trois autres appartiennent à des monastères qui accueillaient depuis plusieurs années des touristes. A Zaouïat Ahansal, les gîtes se sont constitués dans le cadre du Programme Haut-Atlas Central fruit d’un accord de coopération franco - marocain sous l’impulsion de coopérants français, faisant du tourisme régulier dans la montagne   3 marocaine. D’autres  projets s’inscriven t dans la cadre institutionnel de la création d’un couple ONG internationale/association de développement local . En 2010, quatre œuvraient à Zaouïat Ahansal et quatorze au Zanskar. Si certaines se limitent à des dons, d ’autres multiplient les campagnes médicales, l es aides à la scolarité (au Zanskar, cinq écoles privées sponsorisées sont financées par des ONG), ou les programmes de développement économique autour de l’agriculture, de l’artisanat et  du tourisme. Désormais , ces ONG assurent une part croissante de l’attractivité touristique des deux vallées. Elles organisent de nombreux séjours sur place pour leurs bénévoles et leurs adhérents. III Aux confins du tourisme et de l’ engagement humanitaire : les ONG Les ONG cr éent un tourisme polymorphe. Les fondateurs s’investissent généralement sur leur temps libre pour développer leur projet utilisant leur temps de vacances. Les bénévoles qui les rejoignent imitent leur démarche pour conjuguer découverte et action de solidar ité. Pour certains, souvent des hommes d’un âge mur, c’est avant tout l’action de solidarité qui prime sur le voyage. Souvent, extrêmement habiles et dotés de compétences remarquables d ans la mécanique, l’électricité  ou la construction, ils sont peu attirés par les autres formes de tourisme durant lesquels ils s’ennuient rapidement. Par contre, ils deviennent des piliers de ces associations, prêts à travailler sans relâche pour terminer un projet en cours (installation d’une microcentrale électrique, constr uction d’une école…). Les ONG attirent aussi de jeunes stagiaires en cours d’étude qui profitent de cette occasion pour découvrir un nouvel univers. Enfin, lors de leurs collectes ou de leur campagne de levée de fonds, elles assurent la promotion de la destination. Chaque année plusieurs dizaines donateurs décident de se rendre dans la vallée, notamment pour les ONG parrainant la scolarité d’enfants. L a rencontre avec l’élève et la visite de l’école justifient alors le voyage. Certains résident plusieurs semaines sur place. La vallée enclavée devient le lieu de leur engagement de citoyen du Monde autour de valeurs universelles. Ils semblent alors s’écarter définitivement des pratiques touristiques dominantes. C ar s’ils viennent dans les vallées enclavées, c’ est pour travailler gracieusement, parfois en ayant la même activité que dans leur quotidien, surtout pour les professionnels de la santé. Peut-on alors encore parler de tourisme ? Il est possible de répondre par l’affirmative. Malgré les discours de distinction, ces pratiques restent touristiques. Elles sont avant tout justifiées par le décor de la vallée enclavée comme lieu lointain et différent avec le lieu de vie quotidien. Toutes sont librement consenties sur un temps de loisirs non essentiel à la surv  ie de l’individu. Enfin, pour des catégories sociales ayant énormément de temps libre et une activité professionnelle parfois psychologiquement pénible (sentiment d’inutilité ou de gâchis surtout pour les métiers de la santé et de l’éducation) mais physiqu ement peu exigeante (travail en salle, souvent en position immobile), elles permettent une véritable recréation en associant effort physique (marche à pied) et satisfaction psychologique (réalisation d’un projet de développement local). IV Démocratisation et labellisation du tourisme des confins : des ONG aux TO Par souci d’efficacité et de diminution des coûts, ces ONG organisent, plusieurs fois par an, le voyage de groupes de bénévoles et de donateurs, réservant les billets d’avion et les hébergements. Ces voyages sont utilisés par l’ADDHAC (Association de découverte et de développement du Haut -Atlas Central) à Zaouïat  Ahansal et Les amis de Karsha au Zanskar comme principale ressource financière. Leur activité devient alors proc he de celle d’un tour -opérateur et assurent une part croissante de la fréquentation de la vallée.  Ainsi en juillet 2007, au Zanskar, était présents dans la vallée plus de 70 bénévoles pour une durée moyenne de trois semaines, auxquels s’ajoutaient une quarantaine de donateurs de p assage, soit 20% des touristes présent dans la vallée sur ce même mois. Désormais, certaines ONG, comme RBM au Zanskar ou Taddart à Zaouïat Ahansal, deviennent des associations de tourisme solidaire . Elles s’adressent au grand public et proposent un voyage découverte ponctué de rencontres avec les associations locales, tout en leur reversant une partie de leurs gains. Elles privilégient le logement chez l’habitant et proposent même aux touristes de participer aux travaux quotidiens. Ces derniers ont alors le sentiment de devenir un hôte privilégié faisant le vrai voyage vers l’altérité. Elles labellisent le séjour de solidaire, responsable, durable, écologique, afin de distinguer leurs produits des autres offres touristiques. Conscients des opportunités que représente ce nouveau marché, des tour-opérateurs, comme Allibert ou  Atalante, s’associent avec l es mêmes associations locales pour labéliser à leur tour leurs séjours. A la différence des bénévoles qui bénéficient souvent d’un voyage à moindre prix (pa yant essentiellement leur   4 transport), leurs clients acceptent de bon cœur de payer légèrement plus cher pour pouvoir participer d’un projet de développement. Certaines structures comme Peaks Foundation  , spécialisée dans le tourisme féminin, sportif et responsable,   proposent à leurs clientes de réaliser un double challenge, financier, avant le départ, en récoltant 5000$ pour une association locale partenaire, et physique, sur place, en gravissant un sommet dont l’altitude est comprise entre 3000 et 6000 mètr es. Par ce système, au sein même des touristes des confins, se crée alors une sorte de gradient entre les touristes selon leur degré d’engagement. Entre les deux extrêmes que sont les bénévoles des ONG et les randonneurs qui traversent la vallée sans contact avec la population locale, apparaît une multitude de catégories comme l’adhérent d’une association venu visiter la région, le touriste ayant eu recours à association de tourisme solidaire ou celui qui a fait appel à un tour- opérateur disposant d’une cha rte éthique.  V Développement et désenclavement, une menace pour le tourisme des confins ? L ’ouverture  au tourisme international est concomitante du développement économique à l’échelle nationale des Etats comme le Maroc ou l’Inde. Les espaces enclavés sont progressivement raccordés par des routes plus performantes, comme des pistes élargies ou des tronçons goudronnés. Parallèlement, des politiques spécifiques de développement sont mises en œuvre à destinatio n de ces régions trop longtemps marginalisées. Les Etats saisissent alors le tourisme comme une opportunité pour développer des activités économiques dans un espace considéré comme arriéré. Le tourisme des confins ne seraient donc qu’un « moment de lieu » (Equipe MIT, 2005). La construction de la route, le financement d’hôtels de standing ruineraien t définitivement l’exceptionnalité de la vallée en banalisant son accès.  Les premiers touristes et les ONG qui ont joué le rôle de pionniers ont diffusé pendant des années de nouvelles valeurs. Leurs interlocuteurs privilégiés locaux (guides, gîteurs, cadres des associations locales) développent une nouvelle stratégie qui tente de concilier développement et conservation de l’identité de la  vallée. Ils s’inscrivent dans  une nouvelle modernité, celle du cosmopolitisme (Beck, 2003). Ils souhaitent ainsi que la vallée dispose d’une législation spécifique (loi de protection des paysages, classement des architectures locales comme patrimoine national, création d’une aire protégée) qui la distingue du territoire nation al tout en l’intégrant à un réseau mondial d’espaces spécifiques reconnu s par les organisations internationales comme l’UNESCO.  Un compromis spatial semble émerger. Le village, centre de la vallée, accessible par la route, abrite un hébergement de standing permettant la venue de nouvelles catégories de touristes notamment des nationaux. Il concentre l’essentiel des dépenses touristiques et  devient la vitrine des ONG qui y exposent leurs réalisations. Les hameaux et les villages environnants conservent leur spécificité avec un hébergement chez l’habitant et des associations de développement local pour satisfaire les envies de distinction des catégories sociales pionnières. Enfin, une vaste aire protégée est décrétée pour préserver l’identité paysagère de la r égion. Au Zanskar, les touristes motorisés rayonnent depuis Padum passant par le Pensi-la et se rendant à Zangla, Stongde, Karsha, Sani, Bardan et Raru, tandis que les trekkeurs conservent le prestige des cols du Shinkun-la et surtout du Umasi-la et longent la vallée étroite de la Lugnak pour se rendre au monastère troglodyte de Phuktal. De même dans le Haut-Atlas central, les randonneurs parcourent le plateau du Koucer, laissant le plateau de Talmest et la vallée de l’Assif Ahansal aux 4x4. Cette situation n’est pour l’instant  en rien figée et se recompose au gré de l’avancée des chantiers routiers. Néanmoins, l’image première de tourisme des confins persiste du fait de la labellisation des pratiques. En effet, les nouvelles catégories de touristes désirent soutenir les actions de développement local et sont prêtes à se plier à certaines exigences pour avoir elles aussi le sentiment de ne pas être classées dans la catégorie rebutante du tourisme de masse. Conclusion Le tourisme des vallées enclavées est une activité furtive. Du fait de sa popularité, elle sonne le glas des conditions matérielles de son existence , l’enclavement . Cependant, il faut nuancer cette mort annoncée pour plutôt voir comment ces pratiques génèrent un nouveau lieu de tourisme solidaire et responsable.  Ainsi, Leh, capitale historique du Ladakh dont dépend le Zanskar avec plus de 70 000 touristes en 2008, conserve des structures du temps héroïque de la fin des années 1970. Les multiples ONG comme Ladakh Ecological Development Group, Wome n’s Alliance of Ladakh,  Snow Leopard Conservancy perpétuent un tourisme engagé en rayonnant depuis Leh sur l’ensemble des vallées du Ladakh  (Goeury, 2010). Par   5 conséquent, les hautes vallées des pays en voie de développement, même si elles sont désenclavées matériellement par la construction d’infrastructures, gard ent leur statut d’hétérotopie. Elles sont toujours considérées comme des conservatoires de la diversité écologique et culturelle, désormais légalisés par l’Etat, les organisat ions internationales et les ONG. Les labels éthique, solidaire, responsable, écologique, citoyen, permettent à un nombre grandissant de personnes de revendiquer leur engagement sur leur temps de vacances, comme un élément de distinction sociale.  Toutes ces différentes enclaves, où qu’elles soient, forment désormais une longue liste d’ un type nouveau de destinations. Le touriste vient y chercher le décor dans lequel il pourra renouveler son engagement de citoyen du Monde. Bibliographie : Bourdieu P., La distinction. Critique sociale du jugement  , Paris, Minuit, 1979. Equipe MIT, Tourismes 1 : Lieux communs  , Paris, Belin, 2002. Equipe MIT, Tourismes 2 : Moments de lieux  . Paris, Belin, 2005. Foucault M., « Des espaces autres », in Dits et Ecrits (1976-1988) , Paris, Gallimard, 2001, p.1571-1581. Goeury D., « Le Ladakh, royaume du développement durable. Protéger la « Nature » pour protéger l’identité  ? », Revue de Géographie Alpine  , 98-1, 2010. http://rga.revues.org/index1100.html  Goeury D., « Les espaces du mérite, ou la valorisation touristique de l’enclavement dans les vallées du Haut-Atlas central (Maroc) et du Zanskar (Inde) », in  Espaces hérités, espaces enjeux. Regards croisés sur la dimension spatiale des inégalités  , I. Backouche, F. Ripoll, S. Tissot, V. Veschambre, Rennes, PUR, 2011. Le Breton D., Passions du risque  , Paris, Métailié, 1991. Lévy J., « enclavement » in Lévy, J., Lussault, M., Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés  , Belin, Paris, p.309-310, 2003. Morin E., L’esprit du temps. Essai sur la culture de masse  , Paris, Grasset, 1962, 280 p.
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