L ' APPORT DES INSTITUTA DE JUNILLUS AFRICANUS À LA QUESTION DU CANON SCRIPTURAIRE DE LA TRADITION SYRIAQUE (ANCIEN TESTAMENT

Description
L ' APPORT DES INSTITUTA DE JUNILLUS AFRICANUS À LA QUESTION DU CANON SCRIPTURAIRE DE LA TRADITION SYRIAQUE (ANCIEN TESTAMENT

Please download to get full document.

View again

of 10
All materials on our website are shared by users. If you have any questions about copyright issues, please report us to resolve them. We are always happy to assist you.
Information
Category:

Religion & Spirituality

Publish on:

Views: 2 | Pages: 10

Extension: PDF | Download: 0

Share
Tags
Transcript
  S ur les pas des Araméens chrétiens. Mélanges offerts à Alain Desreumaux , F. Briquel Chatonnet & M. Debié (éds), Paris, 2010 (Cahiers d’études syriaques 1), p. 25-34. L’ APPORT DES I  NSTITUTA  DE  J UNILLUS A FRICANUS   À LA QUESTION DU CANON SCRIPTURAIRE   DE LA TRADITION SYRIAQUE (A NCIEN T ESTAMENT )  Jean-Claude H AELEWYCK   FNRS et Université de Louvain, Louvain-la-Neuve La préface des nstitut de Junillus Africanus Heinrich Kihn  1 , à qui on doit en 1880 la première édition critique des Instituta  de Junillus, a été le premier à montrer que l’exégète Junillus (ou  Junilius) Africanus était à identifier avec le Quaestor sacri palatii  qui exerça de 542 à 549 d’éminentes fonctions juridiques et administratives sous Justinien I (527-565). Jusqu’alors on croyait  2  – sur la foi du qualifica-tif beatus  ou  sanctus  accolé à son nom dans certains manuscrits – qu’il était évêque d’un diocèse inconnu d’Afrique. Outre ses fonctions juridiques et administratives, il a écrit en latin, entre 542 et 548/549 (date de sa mort), un traité ou plutôt un manuel sur l’exégèse biblique intitulé Instituta Regularia Divinae Legis  3 . Recommandé par Cassiodore ( Inst  . I, 10), l’ouvrage a joui d’une certaine fortune durant le Moyen-Âge latin  4 Les deux livres qui constituent les Instituta  sont précédés d’une préface adressée par Junillus à Primasius, l’évêque d’Hadrumète (Tunisie actuelle), à qui est dédicacé l’ouvrage. On y lit que lorsqu’ils s’étaient rencontrés à Constantinople, où Primasius venait défendre les intérêts de . 1. K IHN  1880. 2. Ainsi encore P IROT  1925, p. 1971. 3. Texte latin et traduction anglaise dans M AAS  2003, p. 118-235. Un manuel comme ceux de Tyconius ( Liber regularum ), Augustin ( De doctrina christiana ), Hadrien ( Introduction aux Écritures divines ), Euchère ( Formulae spiritalis intelligentiae ) et Cassiodore ( Institutiones ). 4. S MALLEY  1952, p. 14 ou en dernier lieu B IENERT  1995, p. 311.  SUR LES PAS DES ARAMÉENS CHRÉTIENS  26 sa province d’Afrique  5 , une conversation amicale les avait réunis autour de questions théologiques. Primasius lui avait alors demandé s’il connaissait quelqu’un parmi les Grecs qui brûlait de la passion de comprendre les livres saints. En réponse, Junillus lui avait parlé d’un certain Paul, perse d’srcine, formé à l’école des Syriens dans la ville de Nisibe 6 , si réputée pour ses travaux sur la loi divine. De ce Paul, il avait lu un ouvrage, intitulé Regulae , visant à introduire les étudiants à une compréhension d’abord superficielle (c’est-à-dire littérale) ensuite plus profonde des Écritures, en suivant une série de principes d’interprétation. Primasius, ayant trouvé l’ouvrage essentiel pour la formation de tous les chrétiens, avait chargé Junillus d’en donner une traduction. C’est elle qu’il lui présente en signalant toutefois qu’il a retravaillé la forme srcinale de l’ouvrage de Paul pour lui donner un aspect plus pédagogique : l’ensemble se présente maintenant sous forme de questions-réponses. Junillus affirme ensuite que ce Paul a produit d’autres contributions excellentes parmi lesquelles un exposé très subtil sur l’Épître aux Romains qu’il a entendu de sa bouche-même et qu’il a transcrit mot à mot pour n’en rien perdre  7 Nous apprenons donc qu’un auteur perse, nommé Paul et formé à Nisibe, a composé une sorte d’introduction à l’Écriture sainte, dont a eu connais-sance Junillus. Ce dernier a même eu l’occasion de rencontrer personnel-lement Paul et d’apprécier son interprétation de l’Épître aux Romains. Peut-on préciser la date de la rencontre entre Junillus et ce Paul ? L’allusion à la parabole du semeur pourrait y contribuer. Cette allusion suit directement la mention de l’exposé de Paul sur Rm que Junillus a noté au vol. Elle suppose qu’une graine a été semée, qu’elle a germé, mais qu’elle n’a pas eu le temps de porter tout son fruit à cause des soucis de la vie. Par cette allusion, Junillus veut peut-être nous faire comprendre qu’à cause de ses fonctions à la cour de Justinien, il n’a plus eu le temps de retravailler ces notes en vue d’une éventuelle édition ou traduction. Il . L’affirmation est suivie d’une allusion un peu énigmatique à la parabole du semeur (Mc 4,16-20 et //) : « mais les épines de mes obligations et de mes activités m’ont empêché de faire pousser d’autre fruit dans le champ du Seigneur ». La préface se termine sur les habituelles protestations d’humilité et d’indignité. 5. On sait que Primasius s’est rendu à Constantinople au moins deux fois : l’une en 541-542 et l’autre en 551. 6.  Ad haec ego respondi vidisse me quendam Paulum nomine, Persam genere, qui Syrorum  schola in Nisibi urbe est edoctus . 7. Sunt alia illius viri praeclara monumenta : nam et beati Pauli ad Romanos epistolam audivi  subtilius, ut arbitror, exponentem, quam ego ex eius ore, ne memoria laberetur, excepi. Sed curarum negotiorumque spinae, ne quid agro dominico fructificemus, impediunt  .  L ’ APPORT DES INSTITUTA  DE JUNILLUS AU CANON SCRIPTURAIRE  27 faudrait alors situer cette rencontre de peu avant l’entrée en fonction de  Junillus en 542. Une connaissance du syriaque par Junillus étant de prime abord à exclure, c’est vraisemblablement par l’intermédiaire d’une traduction grecque que Junillus a pris connaissance de l’ouvrage de Paul. Les Instituta  ne sont cependant pas purement et simplement une transposition latine de cette traduction grecque. Non seulement Junillus reconnaît qu’il en a modifié la forme extérieure, le format questions-réponses  8  convenant mieux aux impératifs didactiques, mais on trouve une allusion à Jérôme (en I, 3) qui paraît être une incise ajoutée par Junillus, ou encore une mention des « orientaux »  9 Les Instituta  ayant été composés peu après 542   qui ne se comprend pas si l’auteur est lui-même un oriental (Nisibe étant située à l’extrême est de l’empire de Justinien). 10 Qui est Paul le Perse , on peut donc raisonnablement situer l’activité littéraire de ce Paul dans la première moitié du VI e  siècle On connaît au VI e  siècle trois Paul srcinaires de Perse qui pourraient être identifiés avec celui dont parle Junillus. On peut d’emblée exclure le philosophe Paul le Perse à qui l’on doit entre autres un traité de logique aristotélicienne en syriaque  11 Paul est aussi le nom d’un polémiste qui a exercé son activité à Constantinople et dans l’empire d’Orient durant les premières décennies du VI e  siècle. Sur ordre de Justinien, il avait publiquement débattu en 527 durant trois jours avec le manichéen Photinus pour prouver la supériorité . Outre que ses préoccupations ne semblent pas avoir concerné l’exégèse biblique, il est trop tardif pour avoir influencé  Junillus puisqu’il écrivait vers 570. 8. Un format classique hérité de la philosophie grecque et largement utilisé par les Pères tant latins que grecs, mais peu attesté anciennement chez les Syriens : voir la contribution de E.G. Mathews dans M AAS  2003, p. 20-25. 9. I, 4 : Ceterum de Iohannis Apocalypsi apud orientales admodum dubitatur  . 10. Voir en M AAS  2003, p. 13-16, un état de la question concernant la date de composition des Instituta . 11. Voir H UGONNARD -R OCHE  2004, en particulier le chapitre 10 (Le traité de logique de Paul le Perse : Une interprétation tardo-antique de la logique aristotélicienne en syriaque) p. 233-254. On remarquera toutefois que la présentation de chacun des livres bibliques est menée à partir des questions suivantes : intention du livre, utilité, ordre de la matière, cause, division, sujet. V ÖÖBUS  1965, p. 179-185, souligne les liens étroits qui existent entre la présentation des Instituta  et les catégories philosophiques aristotéliciennes ( Organon  d’Aristote et Isagogê  de Porphyre).  SUR LES PAS DES ARAMÉENS CHRÉTIENS  28 du christianisme et pour ainsi justifier les mesures récemment prises contre les manichéens. C’est de lui qu’il est question dans les Disputationes Photini Manichaei cum Paulo Christiano  12 . Les débats ont tourné autour des questions suivantes : la création des âmes, le dualisme, la Bible, etc. Maas, qui défend l’identification avec le polémiste  13 Le troisième   , relève en particulier cette coïncidence que les Instituta  et la joute oratoire avec Photinus abordent la question de l’autorité de l’Ancien Testament. La chose n’est cependant pas aussi claire. La Disputatio  parle certes de l’Ancien Testament, mais  jamais pour lui-même : il intervient toujours à l’appui d’une discussion philosophico-théologique sur l’unicité ou la dualité des principes, sur le bien et le mal, sur la corruption, etc., mais jamais il n’y est question du canon ou de l’herméneutique bibliques. 14  candidat est Paul de Nisibe (appelé aussi Paul de Bassora) mort en 571. Farouche défenseur de Théodore de Mopsueste, il est considéré comme le fondateur de l’école chrétienne d’Arbèle qu’il aurait dirigée durant 30 ans. En 553, il apparaît à un concile nestorien en tant que métropolite de Nisibe, et plus tard il est le chef de la délégation de savants perses envoyés par Chosroès auprès de Justinien en 562 ou 563 pour participer à une controverse sur les fondements de la foi  15 . Abdisho, dans son Catalogue des écrivains ecclésiastiques  16 Primasius   , attribue à Paul de Nisibe, non seulement un Traité de controverse contre César   qui est à mettre en rapport avec la conférence de 562 ou 563, mais aussi des commentaires scripturaires et des lettres. 17   12. PG  88, col. 529-578. , lui-même opposé à Justinien dans la question des Trois Chapitres (œuvres de trois théologiens du V e  siècle : Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et Ibas d’EÉdesse), aurait cherché un appui auprès d’un autre opposant, partisan de Théodore de Mopsueste. 13. M AAS  2003, p. 17. 14. O RTIZ DE U RBINA  1963, pense que Paul le polémiste et Paul de Nisibe sont vraisem-blablement le même personnage. 15. G UILLAUMONT  1969, p. 50-53. Voir V ÖÖBUS  1965. 16. A SSEMANI  1725, III, 1, p. 88. 17. Opposé à Justinien dans l’affaire des Trois Chapitres, il est convoqué à Constantinople en 551 avec le pape Vigile et d’autres évêques d’Afrique du Nord pour discuter de la question. Devant son refus de condamner les Trois Chapitres, il est assigné à résidence dans un monastère. Toutefois en 553, ayant appris la mort de Boëthius, primat de Byzacène, il souscrit à la condamnation des Trois Chapitres et devient primat de Byzacène. L’ouvrage fondamental reste encore celui de H AUSSLEITER  1887.  L ’ APPORT DES INSTITUTA  DE JUNILLUS AU CANON SCRIPTURAIRE  29 Le canon scripturaire des nstitut Dans l’étude du canon biblique syriaque  18 , on interroge trois types de sources : les documents bibliques, les listes canoniques et les com-mentaires patristiques. À une exception près, les documents bibliques ne permettent pas de remonter plus haut que le v II e  siècle. En effet, le plus ancien témoin complet de la Bible, le manuscrit de l’Ambrosienne (7a1), est daté du v II e  siècle, et les manuscrits massorétiques, qui compilent des mots et des passages bibliques présentant des difficultés grammaticales de toutes sortes, se répartissent entre le IX e  et le XVII e  siècle. Parmi les collections de livres bibliques, celle des Bet Mawtbe  (Josué, Juges, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, Proverbes, Siracide, Qohéleth, Ruth, Cantique et Job) est attestée par des manuscrits dont les plus anciens sont datés du IX e  siècle. Les manuscrits des prophètes (où on notera l’absence de Baruch et de l’Épître de Jérémie) ne sont pas antérieurs au IX e  siècle. La collection des livres apocryphes est contenue dans des manuscrits syro-orientaux datant du XVI e  au XIX e  siècle. Seul le plus ancien des manuscrits du Liber  feminarum  (regroupant Ruth, Esther, Suzanne, Judith et Thècle la disciple de Paul) date du VI e  siècle. La plus vénérable liste canonique connue est celle du manuscrit Sinaï 10 édité par Agnès Smith Lewis en 1894 et qu’elle date du IX e  siècle  19 C’est dire toute l’importance qu’il faut accorder au témoignage de  Junillus au début du VI e  siècle. Avec lui, en effet, on dispose d’une source plus ancienne que tous les documents à notre disposition ; elle est de plus aisément situable dans l’espace (Nisibe, à l’extrême est). De son exposé sur les Écritures – qui en vérité dépasse de loin le cadre strict de . Mais on ne sait rien des srcines de cette liste canonique. La plus ancienne traduction syriaque des Canons Apostoliques  remonte aux environs de 600. Deux lettres d’auteurs nestoriens con-tiennent aussi des listes de livres bibliques : il s’agit de la Lettre  47 de Timothée I er  et d’une lettre de ‛ Abd al-Masih al-Kindi. Mais ces lettres datent du IX e  siècle. La liste reprise par George Warda dans son recueil d’hymnes reflète une situation propre au XIII e  siècle. Enfin, les commen-taires patristiques, depuis Aphraate et Éphrem au IV e  siècle jusqu’à Bar Hebraeus au XIII e  siècle et Abdisho au XIV e  siècle, en passant par Théodore Bar Koni au VIII e  et Ishodad de Merw au IX e  siècle, ne permettent pas de dégager un tableau cohérent. 18. H AELEWYCK  2008, où on trouvera toutes les références aux ouvrages cités dans ce paragraphe. 19. Z AHN  1910, p. 805, a cru pouvoir y lire une liste canonique qu’il fait remonter aux années 350-400, mais sa démonstration est sujette à caution, cfr H AELEWYCK  2008 (note 31).
Related Search
Similar documents
View more...
We Need Your Support
Thank you for visiting our website and your interest in our free products and services. We are nonprofit website to share and download documents. To the running of this website, we need your help to support us.

Thanks to everyone for your continued support.

No, Thanks