L'alimentation en eau de la colonie grecque de Syracuse: Réflexions sur la cité et sur son territoire

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  Sophie Collin-Bouffier L'alimentation en eau de la colonie grecque de Syracuse In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité T. 99, N°2. 1987. pp. 661-691. RésuméSophie Collin Bouffier, L'alimentation en eau de la colonie grecque de Syracuse. Réflexions sur la cité et sur son territoire, p.661-691.L'implantation d'une colonie grecque est déterminée par un certain nombre de conditions naturelles que réunit le paysagesyracusain : un territoire arrosé et fertilisé par une série de fleuves, un plateau et une île bien alimentés en eau douce tant par des sources que par une abondante nappe phréatique. La richesse de l'ager syracusain favorisait un essor économique rapide etune expansion territoriale sans précédent en Sicile orientale. Ensuite les colons utilisent les aménagements hydrauliques connusdans le monde grec en les adaptant à la nature du terrain. Les choix reflètent une évolution chronologique due, certes, à unprogrès des techniques, mais surtout à la succession de gouvernements forts et centralisés, cherchant à satisfaire les demandesgrandissantes d'une population en continuel essor démographique.Citer ce document / Cite this document :Collin-Bouffier Sophie. L'alimentation en eau de la colonie grecque de Syracuse. In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité T. 99, N°2. 1987. pp. 661-691. doi : 10.3406/mefr.1987.1564http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-5102_1987_num_99_2_1564  URBANISME ET ARCHITECTURE SOPHIE COLLIN BOUFFIER L'ALIMENTATION EN EAU DE LA COLONIE GRECQUE DE SYRACUSE RÉFLEXIONS SUR LA CITÉ ET SUR SON TERRITOIRE Pourquoi Archias et ses compagnons choisissent-ils l'île d'Ortygie plu tôt que la presqu'île d'Augusta? n'est-ce pas, surtout, parce que l'une abonde en eau douce au contraire de l'autre l ? Lors de la fondation d'une colonie, le choix du site est bien évidemment dicté par les conditions naturelles de la région, et en particulier par la présence d'eau. La nouvell   ité en aura besoin, non seulement pour son approvisionnement inter ne, ais également pour son développement économique, ce qui signifie un cadre géographique et hydrographique favorable à la fois à l'implan tation rbaine, mais aussi à l'exploitation du territoire. Cette nécessité est soulignée par les textes antiques, qui entérinent vraisemblablement des topoi ancrés dans les mentalités depuis des périodes plus anciennes, même s'ils reflètent des réalités d'époque classique. Ainsi Aristote, dans l'installation de sa cité idéale, insiste sur l'autarcie du territoire et de la ville2 : «elle doit avant tout disposer en abondance d'eaux de source et de ruisseaux qui soient à elle». Sinon, elle doit se transférer ou s'étendre. L'eau fait même l'objet d'une législation internationale : le serment des Amphictyons, attesté au plus tard au début du IVe siècle av. J.-C, interdit 1 Ce travail est le résultat d'une synthèse bibliographique et s'intègre dans une recherche plus vaste, poursuivie sur le terrain avec l'aide et la collaboration de la Surintendance archéologique de Syracuse. Que soient ici chaleureusement remerc iés . Voza, G. Vallet, M. Gras, B. Basile, F. Fouilland et V. Castagna. Ma sincère gratitude va à MM. Bossola et Scandellari de la Cassa per II Mezzogiorno pour leur participation essentielle dans l'étude géologique. Les dessins ont été réalisés par U. Colalelli. 2Arist., Polit., VII, 11, 3; ...υδάτων τε καί ναμάτων μάλιστα μεν ύπάρχειν πλήθος οίκεΐον. MEFRA - 99 - 1987 - 2, ρ. 661-691.  662 SOPHIE COLLIN BOUFFIER qu'on touche aux adductions d'eau d'une ville3. De même, lorsque les Athéniens gagnent la Sicile en 415, ils se voient refuser l'hospitalité dans les villes d'Italie du Sud, mais ni l'eau ni le mouillage4. Il faudra donc s'interroger sur le paysage naturel trouvé par les colons à leur arrivée en 733 : quelles étaient les conditions climatiques, géologiques et hydrographiques de la région? Quelles sont ensuite les ins tallations préférées par les Grecs jusqu'à l'occupation romaine5 pour tirer profit des ressources présentes, mais aussi pour les accroître, tant dans l'urbanisme de la cité que dans l'aménagement territorial6? Les auteurs anciens, grecs ou latins, ne donnent aucune indication géologique, ni pédologique, et les allusions au climat sont relativement rares. Il semble qu'il n'y ait pas eu de changement notable des conditions climatiques depuis l'Antiquité : un hiver assez doux7, un été chaud et lourd8, une arrière-saison mal délimitée (la fin de l'été, l'automne, le début de l'hiver?), marquée par des pluies d'une extrême violence9 qui 3 Esch., Sur l'Ambass. infid., 115 : ... τους όρκους αυτών άνέγνων, έν οϊς ενορ- κον ην τοις άρχαίοις, μηδεμίαν πόλιν των Άμφικτυονίδων άνάστατον ποιήσειν, ηδ' υδάτων ναματιαίων εΐρζειν μήτ' έν πολεμώ μήτ' έν ειρήνη, 4 Thuc, VI, 44, 2 : ... των [. . .] πόλεων ού δεχόμενων αυτούς αγορά ουδέ άστει, υδατι δε και ορμώ. 5 La prise de la ville par Marcellus en 212 ouvre une ère de bouleversements socio-économiques et culturels pour la capitale siciliote qu'il eût été difficile d'ana lyser ici. 6 Trois études, anciennes mais essentielles, m'ont servi de point de départ : J. Schubring, Die Bewässerung von Syrakus, dans Philologus, XXII, 1865, p. 577- 638; F. S. Cavallari-Α. Holm, Topografia archeologica di Siracusa, Palerme, 1883, eh. IV, p. 95-142; L. Mauceri, Siracusa nel suo avvenire. Proposta intorno atto studio di un piano regolatore per l'ampliamento della città, Syracuse, 1910. 7 Les opérations militaires ne sont pas totalement arrêtées (bataille de l'Olym- pieion dans l'hiver 415-414, envois d'ambassades pour rallier les cités; Cicéron le rappelle : à Syracuse, le climat est, dans l'ensemble, relativement doux et ensoleillé, et meilleur que dans le reste de la Sicile où les mois d'hiver sont froids et pluvieux. Il ne s'y écoule pas un jour sans soleil (Verr., V, 10, 26) : urbem Syracusas elegerat, cuius hic situs atque haec natura esse loci caelique dicitur ut nullus umquam dies tarn magna ac turbulenta tempestate fuerit quin aliquo tempore eius diei soient homines viderint». 8 Thuc, VII, 87, 1 : ... πολλούς οι τε ήλιοι το πρώτον και το πνίγος ετι έλύπει. 9 Thuc., VII, 79, 3 : Έτυχον δε και βρονταί τίνες αμα γενόμεναι και ϋδωρ, οία του έτους προς μετόπωρον ήδη οντος φιλεΐ γίγνεσθαι; et aussi Thuc, VI, 70, 1.  L ALIMENTATION EN EAU DE SYRACUSE 663 provoquent des épidémies10, comme à l'époque moderne11, telles en sont les caractéristiques. Cependant, la région était probablement mieux arro sée qu'aujourd'hui, car l'on a constaté un assèchement progressif des zones méditerranéennes à l'époque historique, en raison tout particulièr ement 'un déboisement inconsidéré12. On peut effectivement, d'après les textes, supposer le caractère boisé de la région, qui facilitait la conservat ion e l'eau dans le sol. Aujourd'hui, la pluviométrie moyenne de Syracus   st de 600 à 700mm/an. En outre, elle est irrégulière : les précipitations sont concentrées sur les mois d'hiver. Leur quantité est d autant plus fai ble qu'elles sont brutales et brèves, donc peu utilisables. Aussi peut-on penser que le recours aux citernes n'était pas, dans le cas de Syracuse, la meilleure solution. L'eau recueillie pendant les périodes pluvieuses n'était pas renouvelée assez souvent pour répondre aux critères d'hygiène exigés par les Grecs13. Cependant cette faiblesse pluviométrique est compensée par une situation géologique et hydrogéologique favorable (fig. 1). La région de Syracuse est formée d'un socle calcaire miocène qui constitue l essentiel de la Sicile sud-orientale. Sur ce massif calcaire (fig. 1, F), s'est creusée une dépression correspondant au bassin de l'Anapos et de Cyané occupée par une première couche d'argiles pliocenes (fig. 1, C) et une seconde de calcaires pleistocenes (fig. 1,B). L'érosion des argiles et des calcaires a permis ensuite la formation d'alluvions de sables et de graviers dans la basse vallée de l'Anapos et de Cyané (fig. 1, A). Or les alluvions de sables et de graviers, les calcaires pleistocenes et miocènes sont des formations susceptibles d'emmagasiner des eaux souterraines. Ne le sont pas, en revanche, les alluvions argileuses, les argiles pliocenes et le substrat vol canique (fig. 1,G) ou marneux (fig. 1,D) que l'on trouve en de rares endroits (G : sur les bordures sud et nord-est du plateau syracusain, D sur l'extrémité nord de la péninsule de la Maddalena). 10 Les exemples littéraires sont nombreux puisque les sièges de Syracuse sont souvent marqués par des épidémies qui frappent les armées ennemies : pour l a rmée athénienne, voir Thuc, VII, 47, 2; VII, 87, 1; pour les Carthaginois, voir Diod., XIV, 70, 4; 71; pour l'armée romaine de Marcellus et les troupes carthagi noises n 212, voir T.L., XXV, 26, 7-15. 11 F. Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philip pe I, 2nde éd., Paris, 1966, I, p. 237. 12 Voir R. Meiggs, Trees and Timber in the Ancient Mediterranean World, 3e éd., New- York, 1985, ch. 13, p. 371-403. 13 Voir ci-dessous, p. 677.  664 SOPHIE COLLIN BOUFFIER La situation hydrogéologique est donc la suivante. Le socle calcaire miocène abrite une très importante nappe phréatique, alimentée par les précipitations des Monts Hybléens et les échanges avec le réseau hydro graphique : celle-ci s'écoule en suivant la dépression du bassin de l'Ana- pos, donne naissance à Cyané, aujourd'hui Pisima, par une faille dans la strate argileuse et se jette directement dans la mer, là où les calcaires se prolongent jusqu'à la côte, c'est-à-dire dans l'île d'Ortygie, sur la bordure orientale du quartier d'Achradine, dans le grand port (c'est ainsi que s'est créé le célèbre Occhio della Zillica, interprété par la légende populaire comme le fleuve Alphée, venu rejoindre la nymphe Aréthuse). La fontaine Aréthuse en est une des résurgences les plus célèbres. Aux endroits où elle remonte, la nappe est facilement accessible par des puits, qu'il suffit de creuser sur quelques mètres. En revanche, dans la plaine de l Anapos, elle est inaccessible en raison de la couche argileuse qui la couvre, à moins de recourir aux puits artésiens, ce que les Anciens ne savaient pas faire. Dans le bassin syracusain, ils ne l'utilisaient donc pas mais avaient à leur disposition, outre le fleuve et Cyané, une seconde nappe superficielle, plus modeste, due à la présence de la strate argileus e limentée par les quelques précipitations de la plaine ainsi que par les infiltrations fluviales, elle pouvait servir à de petits habitats agricoles et devait être exploitée au moins pour Polychné qui ne profitait d'aucune source (fig. 1). Le territoire de Syracuse disposait donc de réserves en eau qui furent rapidement connues par les colons. Les textes nous rapportent l'existence de sources et de fleuves susceptibles, les unes, d'alimenter en eau potable les faubourgs de la ville ou les fermes de la région, les autres, d arroser et de fertiliser les terres cultivables. À l'époque romaine, Pline l'Ancien compte cinq sources 14 dans le ter ritoire de Syracuse; quatre d'entre elles n'ont pu être localisées avec certi tude : Archidemia15, Magea16, Milichie17 et Temenites dont l'emplacement 14 Hist. not. Ill, 89 : Colonia Syracusae cum fonte Arethusa (quamquam et Teme- nitis et Archidemia et Magea et Milichie fontes in Syracusano potantur agro). 15 Selon Mirabella, Dichiarazioni della pianta dell'antiche Siracuse e d'alcune scelte medaglie d'esse, Naples, 1613, p. 105, n° 170, Archidemia serait à identifier avec la source Cefalino, non localisée aujourd'hui. 16 Selon Mirabella, ibid., p. 71, n° 97, Magea serait la source de la Maddalena. Cette identification est étrange car la presqu'île du Plemmyrion avait la réputation.
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