De Cannibale à Général : Représentations singulières des indiens du Rio de la Plata

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   30 De Cannibale à Général : Représentations singulières des indiens du Rio de la Plata Guillaume Candela Le titre de l'article,  De cannibale à Général. Représentations singulières des indiens du Rio de la Plata au temps de la conquête, interpelle le lecteur sur la vision de l'autochtone américain au XVI   siècle dans le Vieux Continent. Hier comme aujourd'hui, l'Indien américain est un sujet qui intéresse les Européens. L'image de celui-ci y est souvent déformée. Un exemple parmi tant d'autres, le samedi 12 novembre 2011 à 20h40 a été diffusé sur Arte un documentaire intitulé Carnet du Brésil, histoire d'une colonisation. Il y est résumé toute la complexité du regard actuel sur l'Indien en Amérique, oscillant entre anachronisme, simplicité et explications scientifiques, avec la présence de commentaires d'anthropologues et d'historiens reconnus et des représentants de politique indigéniste, où l'utilisation de l’autochtone ne répond qu'à un seul désir : celui d'accéder aux plus hautes fonctions de l'État. Afin d'étudier les srcines possibles d'une telle imagination, nous appuierons notre réflexion sur un corpus d'illustrations publiées au XVI   siècle. Le thème de la représentation de l'Indien est un des sujets les plus féconds dans tous les arts de cette période : la littérature, la peinture et enfin la gravure. Les premiers navigateurs espagnols et portugais qui retournent en Europe après leur voyage en Amérique sont frappés par la beauté des îles et du continent. De cette rencontre entre des hommes et une terre vont naître de nombreux récits d'aventures, très souvent accompagnés de gravures figeant une conception de l'Amérique et de ses habitants. Au milieu du XVI   siècle, un bon nombre d'explorateurs, français, allemands ou encore italiens publient des récits très riches en descriptions qui se veulent de plus en plus précises. Les éditeurs, grâce aux informations rapportées par les voyageurs vont pouvoir pour la première fois diffuser une illustration de ce nouvel espace. Même si la recherche de l'exotisme et la représentation de cette nature exubérante intéresse les lecteurs, elle n'apparaît pas comme objet principal de la gravure mais comme un décor secondaire. Tous les regards sont tournés vers l'aspect du semblable américain. Qui est cet Homme ? Est-il bien différent des lecteurs européens de la Renaissance? Et si oui en quoi et comment ? Nous tâcherons de découvrir les caractéristiques prêtées aux indigènes propres à cette époque à travers un long voyage dans le continent américain, du Canada au Rio de la Plata, du début à la fin du XVI   siècle. Les représentations s'articulent autour de trois axes : la vision exotique de l'Indien en Amérique, la sauvagerie du natif américain et enfin la puissance des autochtones dans l'imaginaire européen.   31 La première illustration nous montre l'image d'un homme complètement nu, dont les caractéristiques physiques ne différent que très peu de l'homme européen : traits du visage similaires, une barbe respectant les codes de la coquetterie masculine de l'époque. La principale particularité de celui-ci réside dans le fait qu'il soit couvert de poils. L'année 1557 est riche en publication de cet ordre puisque vont être publiés dans la même année deux ouvrages qui vont réellement fixer l'image de l'Indien au XVI   siècle. Ce sont les récits de Hans Staden (allemand) sur les indiens du Brésil et d'André Thevet (français) sur les indiens en Amérique. Les gravures sont beaucoup plus soignées et fournies que la précédente ; il ne s'agit plus ici de peindre uniquement des traits physiques, l'Indien apparaît sous des formes beaucoup plus complexes. En effet, les éditeurs vont s'efforcer tour à tour à présenter non plus seulement un individu sauvage dépourvu de tout entendement mais un Indien inclue dans une communauté régit par des codes, rituels, ou encore des modes de vies bien spécifique à chaque communauté peinte ou gravée.  Illustration 1: L'Homme Sauvage... son corps velu est en toute saison. Gravure  Aenea Vico publiée en 1562.   32 La seconde gravure met en scène la façon qu'ont les indiens du Brésil de s'alimenter. Ceux-ci respectent le code de la nudité. Leurs traits physiques continuent à être calqués sur ceux des Européens. Cette gravure met en relief un véritable chaos. Ces hommes sont représentés comme des êtres dépourvus de codes alimentaires. En effet, on aperçoit au second plan une femme engloutissant un poisson sans en avoir au préalable retiré les arrêtes. L'idée du sauvage est ici exprimée à travers ce péché de gloutonnerie. Dans la gravure suivante, l'éditeur nous présente une conception de l'Indien qui contraste avec l'illustration du sauvage. En effet, elle met l'accent sur les rites, les coutumes de ces indiens américains habitants du Brésil. Ces règles de vies apparaissent comme complexes et semblent loin d'être l'apanage de la sauvagerie.  Illustration 2: Manière de leur manger et boire. André Thevet 1557.  Illustration 3: Beuverie et danses funèbres. André Thevet 1557.   33 L'illustration numéro 3 fait référence à la préparation d'une boisson accompagnant un rituel bien spécifique : celui du rite funéraire. Elle met en scène avec précision le rite qui s'entache de référents européens comme le cortège. Cependant, l'exotisme y est toujours présent à travers quelques particularités comme la nudité des corps et les coiffes de plumes. Les gravures présentes dans le récit de Hans Staden publiées à la même période illustrant une chronique sur les indiens du Brésil s'inscrivent dans le même schéma de pensée. En effet, la vision de l'Indien passe obligatoirement par la représentation de ces rites. La gravure numéro 4 accompagne le passage où Staden relate son expérience auprès d'une tribu Tupinamba et semble respecter des codes bien spécifiques. Cette image fige une scène de danse rituelle effectuée par des indiennes en l'honneur de Hans Staden, qui se trouve au milieu de cette ronde. Cette illustration se réfère aux pratiques anthropophages des Tupinambas dans lequel le personnage sacrifié – ici Hans Staden – est honoré avant d'être tué et mangé. L'éditeur se doit de respecter les écrits de ses auteurs. Par conséquent, il doit reproduire avec précision les descriptions présentes dans le récit. Les gravures précédentes nous montrent que l'Indien apparaît sous des traits physiques européens. Nous comprenons la difficulté rencontrée par les graveurs de l'époque, qui, n'ayant jamais mis les pieds au Nouveau Monde, ne peuvent représenter un corps autrement que par un modèle connu. Qu'en est-il des gravures de paysages et de l'espace américain ? Les cosmographes spécialistes de l'espace, peignent sur leurs cartes américaines les habitants du Nouveau Monde.  Illustration 4: Hans Staden dans un village Tuinambas. 1557   34 La première carte a été élaborée en 1519 et la seconde en 1558. Toutes deux ont pour objectif de représenter le territoire portugais en Amérique. Les deux images d'indigènes rejoignent l'idée d'un Indien habitant de la forêt. L'environnement de ces nouveaux hommes a participé pour beaucoup à la création de l'imaginaire indigène en Europe. Ceux-ci apparaissent comme des bûcherons coupant des arbres. Dès le début du XVI   siècle, les européens et ici, les portugais, font une liaison naturelle entre indiens et mains d'oeuvre bon marché. L'Indien bûcheron est par excellence l'Indien brésilien puisque le territoire des côtes brésiliennes était recouvert de forêt. Le cosmographe relie des éléments caractéristiques du Brésil pour exprimer l'idée du commerce du fameux pao-brasil ou bois-brésil qui est ainsi véhiculée.  Illustration 5: Carte d'Amérique du Sud. Lopo Homem, Pedro et / ou Jorge Reinel, 1519  Illustration 6: Illustration de l'arbre  Ahouaï. André Thevet 1557
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