André Helbo b Le paradoxe du prototype. Approche sémiotique

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  André Helbo b  Le paradoxe du prototype. Approche sémiotique Interrogé en 1999 par une journaliste de Télérama  lors de la parution de son livre  Kant et l’ornithorynque , Umberto Eco répondait ceci : « L’ornithorynque, cette fois, pose un problème particulier : comment identier, classer, nommer les choses que l’on ne connaît pas ? »   « Oui, c’est le problème de départ. Mais il y a plus difcile à résoudre :   comment on nomme et on dénit un objet ordinaire. Comment je reconnais un chat tous les jours ? Et comment je reconnais mon chat, ou ma femme sans les confondre avec les autres ? Voilà un problème très très ancien dans l’histoire de la philosophie. Mais, aujourd’hui, il s e trouve réexaminé par les nouvelles théories des sciences cognitives :   les sciences du cerveau se lient à celles du langage pour comprendre,  par exemple, la constitution des stéréotypes mentaux. L’idée de ce livre est née dans une librairie de Harvard University où, pour la première fois, j’ai vu les livres de sémiotique, de linguistique, de psychologie, d’intelligence articielle, de biologie, tous rassemblés sous l’étiquette « cognitive sciences » La réexion d’Eco pourrait parfaitement concerner la théorie du  prototype. Celle-ci constitue un thème privilégié pour la recherche  pluridisciplinaire et relève particulièrement de la sémiotique cognitive. Voyons plutôt.  La sémantique classique inspirée par la logique aristotélicienne dénit les catégories mentales de façon analytique par les propriétés que partagent des ensembles d’objets.Pour parodier l’exemple cité par Eco dans son interview, le chien renvoie à une catégorie dont les traits sont : quadrupède, qui aboie, qui a des canines saillantes. Ces propriétés permettent de reconnaître tous les chiens par intension. Toutes les caractéristiques gurent au dictionnaire, qui dénit les propriétés nécessaires et sufsantes pour qu’un objet appartienne à la catégorie chien.  Par ailleurs, l’expérience fait que chacun a pu rencontrer des exemplaires d’objets appartenant à la catégorie chien. Je reconnais le b. Andre Helbo.indd 127-12-2011 11:59:09  2 b  André Helbo chien par extension, il appartient à la collection de tous les exemplaires (du basset au dogue de Bordeaux) que j’ai pu rencontrer dans ma vie. Tous les objets appartenant à une même catégorie gurent dans l’encyclopédie. Autre exemple de partition entre dictionnaire et encyclopédie : les  personnages de la Commedia dell’arte. Ceux-ci ont en commun des  propriétés dénitoires : leur corps dépense de l’énergie, ils distordent les tensions physiques, ils inventent un jeu extra-quotidien.La Commedia dell’arte se dénit aussi autrement : à partir d’une collection de personnages : Arlecchino, Fricaso, Scaramucia, etc. Nous sommes en présence de deux modes de classement,  par intension et par extension.  La tradition iconologique n’hésite pas à exploiter cette double démarche pour saisir le paradoxe de l’image : selon Alby Warburg, l’image se veut « fantôme » éphémère, appelé à revenir dans le temps, « à hanter la survivance ». Préconisant une connaissance par le montage, Aby Warburg, propose dans ses tables une approche de l’imaginaire comme survivance des traces culturelles à travers l’histoire. Il organise un système de pictogrammes dont le déplacement change le sens global du tableau, il construit un montage de la mémoire. Sa démarche est encyclopédique : la juxtaposition de photographies rassemble des occurrences de photos des indiens Hopis et de Wartburg lui-même en tenue yankee.  Son approche est aussi sémantique : les tables induisent des règles de grammaire d’expression et de contenu, permettant de reconstituer des classes d’images présentant des ressemblances sinon par propriétés communes au moins par air de famille autour de types thématiques. Le modèle analytique, par intension, repose sur une représentation sémantique organisée hiérarchiquement à partir de relations d’inclusion de classes. A chaque concept sont associées des propriétés spéciques qui n’appartiennent qu’à une classe.  Animal Oiseau Poisson Canari Autruche Requin Saumon Représentation Commedia dell’arte Tragédie  Arlequin Scaramouche Médée Oedipe Etre humainBlanc Indigène Warburg Hopis b. Andre Helbo.indd 227-12-2011 11:59:09  3 b  Le paradoxe du prototype. Approche sémiotique L’arbre hiérarchique articule des catégories superordonnées et des catégories subordonnées. La catégorie la plus basse rassemble les exemplaires par extension. On constate que tous les exemplaires ne  partagent pas les mêmes traits. Les propriétés par intension ne sont  pas sufsantes pour caractériser tous les exemplaires de la même catégorie (par exemple les oiseaux, cf. infra), ni même pour distinguer des exemplaires de deux catégories, par exemple pour discerner l’oiseau du reptile : tous deux sont ovipares.Le problème souligné par le tableau qui précède est bien celui de la négociation entre intension et extension à laquelle nous procédons à tout moment pour situer un objet dans une catégorie. Revenons à Eco, lors de son entretien : « En arrivant à Java, Marco Polo rencontre un animal que nous appelons aujourd’hui rhinocéros. Il a dans la tête le schéma de la licorne, qu’il n’avait jamais vue non plus d’ailleurs. Ce n’était pas un type cultivé qui allait à la bibliothèque. Il n’avait même pas vu de dessin de licorne. Ce schéma lui venait de descriptions orales : la licorne est un animal à quatre pattes avec une corne sur le nez. Donc, il voit un quadrupède avec une corne sur le nez et il fait comme tout le monde : il applique à l’objet qu’il voit la typologie, le schéma ou le prototype qu’il a dans la tête. Mais cela ne lui suft pas. Il dit : «C’est une licorne mais je reconnais honnêtement que cet animal n’a pas toutes les caractéristiques de la licorne, parce qu’il est noir et qu’il ne déore  pas les pucelles comme les licornes»... D’un côté, Marco Polo emploie son schéma, donc c’est la culture qui domine la nature ; d’un autre côté, il ne peut pas nier certaines données immédiates de la sensation, donc c’est la nature qui empiète sur la culture. Et qu’est-ce qu’il fait ?   Une négociation : dans ce pays-là, conclut-il, il y a des licornes un  peu différentes des licornes européennes. On ne sait pas jusqu’à quel  point Marco Polo a menti sur ses voyages extraordinaires. Mais dans le cas de la licorne, il a été correct, «zoologically correct» ! (…). Je fais partie de tous ceux qui, à travers la linguistique, la sémiotique et le structuralisme, pensent que la vérité est une construction culturelle, donc une interprétation. Mais en disant que tout est interprétation, on avait oublié de dire que, forcément, c’était interprétation de quelque b. Andre Helbo.indd 327-12-2011 11:59:09  4 b  André Helbo chose. Je me suis posé le problème de ce quelque chose, de ce qui est là parce que c’est comme ça. Dans  L’Œuvre ouverte , je défendais l’idée qu’un texte n’existe que par l’interprétation qu’on en fait, mais je n’allais pas jusqu’à prétendre qu’on peut lui faire dire tout et n’importe quoi ! Mon livre  Les Limites de l’interprétation  était une réponse à ceux qui, à mon avis, ont exagéré les possibilités de l’interprétation. On peut tout dire du Père Goriot, sauf qu’il donne la recette de la tarte aux pommes ! C’est déjà une petite limite ! Kant et l’ornithorynque, c’est les limites de l’interprétation de la nature et non plus seulement des textes. Par exemple, nous acceptons tous comme une donnée la sensation du mouillé sur la main, même si nous devons ensuite nous mettre d’accord, négocier, faire un contrat sur la notion de pluie. Mais nous avons toujours peur de reconnaître que tout est contrat ». L’ornithorynque, animal découvert au Australie au XVII e siècle, est dénommé en intension « mammifère », alors que ce classement par  propriétés, Eco le rappelle, fait problème.L’ornithorynque, érigé par Eco en symbole de la crise de connaissance, illustre en tout cas le scandale des typologies. D’une part, la tentation kantienne consiste à se er à des schèmes universels (intension). D’autre part, la référence à l’expérience produit des types cognitifs  beaucoup plus relatifs (extension). Se pose ainsi un problème sémiotique d’articulation entre signe et référent, de segmentation du réel par la culture. Tout classement constitue bien une opération, un processus. La « vérité » ne serait rien d’autre qu’un accord sur l’interprétation, sur la médiation négociée. Les limites du modèle logique, dénoncées par Eco, sont en fait liées au problème de l’équivalence des exemplaires au regard des  propriétés. Dans quelle mesure l’ornithorynque et la vache sont-ils au même titre des mammifères ? Lorsque l’on compare des séries iconographiques relatives à la Commedia dell’arte, certaines (série Fossard) présentent des exemplaires d’Arlequin caractérisés par un même équilibre postural, LA MÉDIATION NÉGOCIÉE b. Andre Helbo.indd 427-12-2011 11:59:10  5 b  Le paradoxe du prototype. Approche sémiotique la colonne vertébrale en arc, la cohérence des tensions du corps. D’autres (série Callot), gurent des Arlequins plus dissemblables aux contorsions déséquilibrées, articielles et peu cohérentes. Les exemplaires des deux séries sont-ils au même titre représentatifs du  personnage de la Commedia?  La question posée porte sur la typicité des exemplaires. Le sémioticien Peirce parle de type  opposé au token .La recherche expérimentale, menée notamment en psychologie cognitive par Eleanore Rosch, fournit un élément de réponse probant aux objections soulevées par Eco. Acceptant la critique qui considère qu’il n’y a pas d’équivalence dans le jugement d’appartenance (du canard ou de l’autruche) à la catégorie (oiseau), Rosch se tourne vers un autre modèle : celui du meilleur exemplaire, du meilleur représentant de la catégorie, le prototype.  Le prototype se dénit comme l’exemplaire le plus semblable aux autres exemplaires de la catégorie et le moins semblable aux exemplaires des autres catégories. Ce modèle permet de glisser de l’opposition intension vs extension vers une approche comparative continue qui renvoie à un exemplaire de référence. L’intervention du prototype substitue au modèle des propriétés celui des niveaux. Le niveau de base correspond au critère validant du prototype. Il  permet de déterminer, parmi l’ensemble des objets, ceux qui par gradation linéaire sont plus ou moins semblables au prototype. Pareille attitude maximalise les similitudes entre exemplaires de la catégorie. L’instance centrale de la catégorie s’avère la plus représentative : elle rassemble l’ensemble des traits dénitoires de la catégorie.  Le critère fondamental sur lequel prend appui le stéréotype est donc la ressemblance (entre un exemplaire prototypé à statut  particulier et les autres exemplaires). Cette ressemblance fait l’objet de nombreuses recherches qui concordent à souligner le caractère ou du concept. En d’autres termes, les zones d’appartenance par proximité de ressemblance sont difciles à dénir. Quel est le critère de l’oiseau dont le rouge-gorge est le prototype ? Comment dénir la ressemblance LE PROTOTYPE b. Andre Helbo.indd 527-12-2011 11:59:10
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